Bronchiolites : pas de place pour la kinésithérapie respiratoire

Texte intégral paru dans le numéro de décembre 2012 de Prescrire (n° 350).

Quelle que soit la méthode utilisée, la kinésithérapie respiratoire n'accélère pas la guérison des nourrissons atteints de bronchiolite, alors qu'elle expose notamment à des fractures de côtes. Dans la bronchiolite, la balance bénéfices-risque de la kinésithérapie respiratoire est défavorable.

Les bronchiolites des nourrissons sont des infections virales fréquentes, parfois graves chez certains nourrissons, mais le plus souvent d'évolution spontanément favorable (1). En 2010, la kinésithérapie respiratoire n'avait pas d'efficacité prouvée pour accélérer la guérison des nourrissons atteints de bronchiolite (2). Mi-2012, dispose-t-on de nouvelles données d'évaluation ?

Une synthèse méthodique d'un groupe du Réseau Cochrane a recensé neuf essais randomisés kinésithérapie respiratoire versus absence de kinésithérapie respiratoire, chez 891 des nourrissons hospitalisés pour bronchiolite (3). Aucun essai chez des enfants non hospitalisés n'a été recensé.

La technique de percussions et vibrations thoraciques associées au drainage postural a été évaluée dans cinq essais, chez 246 nourrissons. La technique d'accélération du flux respiratoire avec toux provoquée, préconisée en France, a été évaluée dans quatre essais, chez 645 nourrissons (3).

Que les nourrissons aient été traités ou non par kinésithérapie respiratoire, aucune différence statistiquement significative n'a été observée en termes d'évolution d'un score clinique de sévérité, de saturation en oxygène, de fréquence respiratoire, de durée de la maladie ou de l'hospitalisation, quelle que soit la méthode de kinésithérapie utilisée (3). Avec ou sans kinésithérapie respiratoire, la durée moyenne de la maladie a été d'environ 13 jours.

Les principaux effets indésirables rapportés dans ces essais ont été une désaturation en oxygène pendant la séance, et des vomissements avec la technique d'accélération du flux expiratoire (3). Outre un inconfort, la kinésithérapie respiratoire expose les nourrissons à d'autres effets indésirables, notamment des douleurs et des fractures de côtes. Selon une étude rétrospective conduite dans des hôpitaux parisiens, le risque a été d'une fracture pour 1 000 nourrissons traités (1,4).

En pratique : pas de kinésithérapie respiratoire en cas de bronchiolite. En 2012, on dispose de données solides montrant que, chez les nourrissons atteints de bronchiolite, la kinésithérapie respiratoire a une balance bénéfices-risques défavorable, y compris avec la technique habituellement utilisée en France. Mieux vaut épargner cette épreuve aux bébés.