Fumer moins ne réduit pas la mortalité 

Delphine Chayet note dans Le Figaro que « pour nombre de fumeurs, se priver de quelques cigarettes quotidiennes dans l'espoir de réduire son risque de cancer ou de crise cardiaque s'apparente à une mesure de bon sens. Or une étude écossaise, publiée dans la revue American Journal of Epidemiology, vient détromper tous ceux qui croient se protéger en adoptant cette stratégie ».

La journaliste explique qu’« ayant suivi plus de 5.000 personnes sur une période de 40 ans, les chercheurs observent que la réduction du nombre de cigarettes fumées n'a pas d'impact significatif sur la mortalité. A contrario, une baisse des décès est mise en évidence de manière très nette en cas d'arrêt complet du tabac ». Le Pr Daniel Thomas, cardiologue à la Pitié-Salpêtrière (Paris), souligne ainsi que « sur le plan cardiovasculaire, les mécanismes qui conduisent à l'infarctus obéissent à un mode on-off. C'est le fait de s'exposer au tabac, même à toute petite dose, qui déclenche le risque d'infarctus. Le nombre de cigarettes fumées l'augmente peu ».

Delphine Chayet relève que « cette conclusion décourageante pour les fumeurs qui s'astreignent à limiter leur consommation de tabac s'explique aussi par un phénomène de compensation », le Pr Henri-Jean Aubin, tabacologue à l'hôpital Paul-Brousse (Villejuif), notant : « Pour maintenir leur taux de nicotine, ces fumeurs qui se privent ont tendance à tirer plus intensément sur les cigarettes restantes, ce qui les expose à autant de substances toxiques qu'avant ».

La journaliste indique donc que « pour les experts, une réduction de la consommation de tabac ne peut être envisagée que comme une étape vers le sevrage et doit impérativement être associée à une substitution nicotinique ». « La réduction d'au moins 50% du tabagisme a quand même un effet bénéfique : plusieurs études ont montré qu'elle favorise l'abstinence. […] L'arrêt complet doit cependant intervenir le plus vite possible », continue Delphine Chayet.

La journaliste rappelle que « les petites doses ont longtemps été considérées, y compris par les médecins, comme peu dangereuses pour la santé. En 2005, une étude norvégienne a pourtant montré que le seul fait de fumer entre 1 et 4 cigarettes par jour multiplie par 3 le risque de mourir d'une crise cardiaque et augmente aussi le risque de cancer du poumon. Ce travail soulignait aussi que la mortalité augmente de manière linéaire avec le niveau de consommation ».

« Les tabacologues rappellent que le bénéfice d'un arrêt complet est très rapide. En 1 an, le risque d'infarctus diminue de moitié et le risque d'accident vasculaire cérébral rejoint celui d'un non-fumeur », conclut Delphine Chayet.